Pendant plus d’une heure, lundi dernier, le maire de Menton, Jean-Claude Guibal, a pris le temps avant de livrer chaque réponse. Car il sait que le dossier du football, qu’il a accepté d’évoquer dans une interview exclusive à Actufoot, sur son territoire administratif, est un sujet sensible, entre le Rapid et l’Etoile. Chaque mot compte. Mais l’édile est un amateur de foot et donne son point de vue pour ne pas voir la discipline se morfondre trop longtemps…

Le football à Menton, c’est une longue histoire. Quel regard portez-vous sur son évolution ?

Le Rapid a évolué dans le souvenir ébloui des résultats du club dans les années 1970. Le club a été porté par l’ambition de reproduire cette belle séquence sans toutefois y parvenir, malgré les bons résultats de cette saison. L’Etoile, quant à elle, s’est construite sur l’authenticité et la force d’un amour filial : celui de Pierrette Gambarini qui s’est engagée auprès de son père, fondateur du club, à faire vivre l’Etoile aussi longtemps et tant qu’elle le pourrait.

Aujourd’hui, ce sont deux clubs qui ont pu compter sur les aides de la commune.

Au Rapid comme à l’Etoile, les dirigeants sont des passionnés et j’aime ça ! Ceci dit, le Rapid d’aujourd’hui, qui n’est pas celui des années 1970, doit s’impliquer davantage dans la pratique des jeunes. S’il y a une équipe première, c’est très bien ! J’entends ceux qui disent que l’équipe fanion dynamise, qu’elle attire les jeunes… Oui, en effet, mais surtout si elle comporte des éléments qui permettent de fédérer et si elle sait donner leur place à de jeunes Mentonnais.

La Ville accorde 150 000 euros de subvention par an au Rapid, ce qui fait plus de 500 euros par licencié. C’est un chiffre d’autant plus élevé que le nombre des licenciés est en baisse, en particulier chez les jeunes où l’on constate une véritable hémorragie. Or les subventions de la Ville sont destinées, en premier lieu, aux équipes jeunes. Je l’ai rappelé encore en début d’année et je regrette de ne pas l’avoir écrit dans le contrat d’objectifs et de moyens.

L’Etoile, de son côté, bien que disposant d’une base technique plus faible que le Rapid, a vu sensiblement augmenter au cours des deux dernières années le nombre de ses jeunes licenciés.

Que pouvez-vous faire ?

Je n’ai pas la légitimité de dire comment les deux clubs doivent, l’un et l’autre, s’organiser. Mais je peux et dois leur dire comment je conçois l’organisation du foot à Menton. Je dois également leur dire que l’organisation actuelle n’est pas satisfaisante. Je le fais parce que la Ville aide les deux clubs à hauteur de 200 000 euros par an d’argent public.

Le paradoxe de cette situation, c’est que Menton dispose de deux beaux terrains, Lucien-Rhein et Saint-Roman. Pourquoi ne pas en attribuer un à chaque club, alors qu’il y a un problème de créneaux ?

Il y a un équipement, le stade Lucien-Rhein, qui est pour ainsi dire le stade d’honneur de Menton. En l’attribuant à l’un ou à l’autre des deux clubs, la Ville pourrait laisser croire que celui qui en dispose, est de facto le club de Menton et, l’autre, une structure tournée vers la pratique de loisirs. Ça, je ne le veux pas.

Qu’espérez-vous désormais ?

Quand on a refait le stade Lucien-Rhein*, j’ai dit au Rapid et à l’Etoile que la Ville avait fait un effort pour qu’ils aient un bel équipement et qu’ils se devaient en retour d’être à la hauteur de celui-ci. S’ils m’écoutent, ils feront une entente autour de la pratique des jeunes. Cela préserverait l’identité des clubs et la gestion générale serait mieux organisée autour des éducateurs. Ensemble donc sur les jeunes, mais en préservant chacun leurs spécificités. Le Rapid conserverait ainsi son équipe fanion, avec ses sponsors, et l’Etoile continuerait de briller notamment grâce à son équipe féminine, sans oublier ses seniors. C’est ce qui me semble aujourd’hui le plus réaliste et qui est une manière de débloquer une situation qui n’est bonne pour personne.

En se regroupant, les deux clubs totaliseraient plus de 600 licenciés…

La taille est une composante nécessaire, mais elle n’est pas suffisante. Un club de foot, ce n’est pas qu’une question de moyens, c’est également une gestion et la manière dont l’ensemble des moyens sont utilisés.

Il se dit que vous avez bloqué une partie de la subvention du Rapid.

J’ai en effet retardé le versement d’une avance de 60 000 euros. Je voulais rencontrer d’abord le bureau du club pour faire le point sur sa situation. Ils étaient quatre dans mon bureau la semaine dernière. Je leur ai rappelé que la subvention municipale de 150 000 euros était destinée à la pratique du foot pour les jeunes Mentonnais. J’ai demandé à Patrick Fargeas, qu’avant son départ en juin, il fasse prendre cette orientation au Rapid. Je lui ai dit aussi qu’il était le mieux placé, à l’issue de ses deux mandats, pour en convaincre le Comité directeur et pour repenser la politique du club, ainsi que son organisation. Patrick Fargeas est un honnête homme et je ne doute pas qu’il fera tout pour y parvenir.

Comment avez-vous vécu l’affaire avec les U17, et sa suspension pour avoir forcé l’éducateur à faire jouer un U18, pour éviter un forfait ?

A l’évidence, l’objectif était de sauver la R1. Preuve que la priorité est donnée à l’équipe première au détriment des jeunes. C’est contraire aux engagements pris à l’égard de la Ville en début de saison. Cela dit, je note que Patrick Fargeas, en prend toute la responsabilité, même si cette décision n’est pas uniquement la sienne.

On est à un an des élections municipales, c’est donc compliqué à gérer pour vous…

Ce n’est pas la meilleure situation pour régler les problèmes du foot. Toute décision pourra paraître dictée par un objectif de politique municipale.

Il n’en est rien ! Certains considèrent que l’élection du président du Rapid pourrait s’inscrire dans de grandes manœuvres électorales. Non seulement je ne suis pas de cet avis mais je trouve de surcroît malsain de jouer avec la vie d’un club en difficulté. En tout cas, je ne veux pas m’abstenir, ni rester inactif. C’est pour ça que j’ai voulu voir le Comité directeur. Je suis reconnaissant à Patrick Fargeas, son président, d’avoir pris des engagements clairs vis à vis des jeunes et du Comité Directeur.

En cas de désaccord avec l’Étoile, on évoque un rapprochement entre le Rapid et l’AS Roquebrune Cap-Martin.

On l’a tenté il y a 2 ou 3 ans, mais l’AS Roquebrune ne l’a pas souhaité. De surcroît, cela aurait fait de l’Etoile le seul club mentonnais, ce que le Rapid ne pouvait accepter. Ce n’est donc pas d’actualité. Je propose en revanche que les deux clubs commencent par regrouper les Mentonnais dans une entente pour les jeunes. Cela permettrait d’apaiser les tensions, même si ce n’est pas la guerre. En tout cas, si on veut attirer les jeunes, il faut les faire jouer et leur démontrer qu’ils peuvent accéder à l’équipe première.

*NDLR : 500 000 euros ont été dépensés pour refaire la pelouse du stade Saint-Roman en 2018 et 500 000 euros à nouveau en 2018 pour celle du stade Lucien-Rhein. Sans compter les 5 à 6 millions d’euros investis en 2007 pour rénover ce même stade Lucien-Rhein.