Passionnant. Le parcours dédié à l’actrice aventurière ne laissera personne insensible. Une vraie merveille !

Un seul poumon, mais un souffle de vie inépuisable. Un seul rein, mais un mouvement qui laissait rêveurs tous les hommes. Une seule jambe, mais une assise, un maintien inébranlable.

De Sarah Bernhardt, il n’y en avait qu’une ! Monstre sacré à la voix d’or, comme la qualifiaient Victor Hugo et Jean Cocteau. Cocteau, justement, qui n’aimait pas les musées, trop « figés » selon lui, aurait pourtant apprécié que le Bastion fût dédié à cette tornade des planches.

Drôle d’analogie, également, avec le fortin militaire désaffecté qu’elle avait acquis en 1894 à Belle-Île-en- Mer dans lequel elle s’était établie. Un site que lui avait fait découvrir son portraitiste attitré, Georges Clairain, dont quelques exquises esquisses sont exposées au Bastion.

Et pourtant, qu’il est difficile de dresser le portrait de cette aventurière internationale, première star à avoir parcouru les cinq continents. Véritable actrice pouvant revêtir les habits d’homme, de femme à l’envi. Elle brûle les planches et enflamme le public. Même les peaux rouges, lors de sa tournée américaine, ont enterré la hache de guerre et fumé le calumet de la paix avec elle. Elle parviendra également à convertir les cow-boys les plus récalcitrants à sa cause.

Sarah Bernhardt louera aussi un train, achètera un chapiteau de cirque pour déplacer tout son barnum… Eh oui, Sarah Bernhardt, impératrice du théâtre, a inventé les tournées. Créé des grands rôles qui ont marqué l’histoire de la scène. Mais sa plus grande inspiration, sa plus grande découverte, c’est la promotion de ses spectacles. La publicité, en somme !

Ainsi, on peut admirer quelques affiches à Menton vantant telle ou telle pièce, tel ou tel produit… Mais le « produit », in fine, n’était-il pas cette femme pas comme les autres ? Certainement, si l’on se fie aux regards d’artistes portés sur l’actrice, de Toulouse-Lautrec à Christian Berard, en passant par George Barbier et son Apothéose de Sarah Bernhardt, autant d’œuvres accrochées au Bastion. Impressionnant ! Comme cette longue litanie des rôles déclinés sur une banderole et joués par celle qui a donné son nom au théâtre de la Renaissance, aujourd’hui théâtre du Châtelet ! D’ailleurs, le terme actrice paraît trop réducteur pour cette femme qui savait se mettre en scène comme personne. Exemple le plus frappant, la nuit passée dans un cercueil sous le prétexte, que beaucoup jugèrent fallacieux, du manque de place pour recevoir sa sœur !

Même sa vie privée était une dramaturgie. Entière mais versatile, ses amours, étonnantes et sulfureuses, sont dictées par ses goûts parfois masculins parfois féminins. Flirtant même avec la prostitution…

Difficile à suivre, Sarah Bernhardt, tout comme son parcours au sein de l’Académie française, qu’elle intègre en 1862. Renvoyée quatre ans plus tard pour une gifle sur une sociétaire. Mais la voix d’or est rappelée en 1872 après son succès dans Ruy Blas de Victor Hugo.

Parcours vraiment étonnant. Et détonant. Que les visiteurs prendront un plaisir immense et intense à retracer au cours de leur déambulation dans le Bastion. Qui les mènera également dans une salle où sont diffusés trois petits films sur Sarah Bernhardt. Dont l’un dans lequel Sacha Guitry, avec sa gouaille et son sens de l’ironie acide, décrit cette « actrice géniale… à volonté ». Dans un autre, on la voit mourir à la fin de Hamlet, tuée après un duel à l’épée. D’ailleurs, la mort de Sarah Bernhardt, le 26 mars 1923, est, à elle seule, un clin d’œil à sa vie théâtrale. Elle que l’on surnommait La Mère La Chaise après son amputation de la jambe est enterrée au cimetière du… Père- Lachaise ! Un dénouement à la hauteur de son talent.

À partir du 3 décembre de 10 h à 18 heures sauf mardis et jours fériés.