Inaugurée le 22 mars 1958, la salle des Mariages décorée par Jean Cocteau s’apprête à fêter ses soixante ans. Et comme tout ouvrage patrimonial, elle a besoin d’être restaurée pour être conservée. Ce qui explique sa fermeture au public afin de permettre « une première vraie campagne de restauration », explique Sophie Ghersi, conservateur-restaurateur en œuvres peintes. Et si le chantier est suivi par le service Culturel et celui des Bâtiments communaux, il est entièrement mené par des spécialistes.

Pour ce faire, Estelle Consigny et Lucia De Cotiis, peintres en décor du patrimoine, ont rejoint Sophie pour restaurer « cette œuvre où l’on sent la gestuelle. Nous intervenons uniquement sur les peintures murales proprement dites, mais notre mission est également de signaler, voire d’alerter sur les causes à traiter en amont ».

Procédé subtil

« Sur le mur préalablement peint ont été dessinés les contours des personnages puis les arabesques. Après quelques tests, nous avons mis en place un protocole de nettoyage qui permet de conserver le dessin préparatoire sous-jacent au fusain et au pastel, et qui n’altère pas la détrempe à la cire utilisée par Cocteau pour peindre le motif. Pour ce faire, nous employons un mélange de triammonium citrate très faiblement dosé dans de l’eau distillée ou bien nous utilisons des éponges spéciales avec de l’eau distillée. Mais surtout nous veillons à minimiser au maximum le frottement sur les peintures ».

Un travail délicat, minutieux, qu’il faut accomplir de manière « sensible car le trait vit, vibre. Il nous faut donc moduler sans cesse notre intervention pour conjuguer les vibrations de Cocteau et la sensibilité du geste qui varient en fonction des zones que l’on nettoie. C’est pour cela que nous descendons très souvent des échafaudages afin de prendre du recul. Lorsque l’on a le nez dessus on ne voit rien ! ».

Version théâtrale

Par ailleurs, si les peintures du plafond et celles des éternels amoureux sont en meilleur état que les autres, c’est parce qu’elles ne sont pas sujettes aux frottements des visiteurs ni aux lampadaires baroques qui les piquètent.

Il faut savoir que durant deux ans, l’artiste « fatigué de l’encre et de la table » s’est employé à transformer, à théâtraliser la salle du Tribunal en une salle des Mariages unique au monde.

En effet, des peintures murales aux portes en bois à motif en pointe de diamant, en passant par les tapis de style léopard et les candélabres en bronze, tout a été conçu par le génie protéiforme. « La grand-mère de mon mari serait heureuse de savoir que je travaille à sa restauration car, en tant que secrétaire générale des services de la mairie de Menton, elle a géré la mise en place du chantier tout en faisant le lien entre Cocteau et Jean Triquenot, son fidèle assistant », murmure Sophie Ghersi en évoquant ensuite son mariage dans cette salle il y a douze ans…