Débutée l’an dernier par la basilique Saint-Michel et la villa Maria Serena, la campagne de restauration des édifices appartenant au domaine communal continue avec la tour de la Noria et le Bastion. Tour d’horizon des différents chantiers.

La tour de la Noria

La tour de la Noria, également appelée tour Saint-Ambroise (certainement en raison de la présence de la chapelle funéraire appartenant à la famille Pretti de Saint-Ambroise) ou tour Hexagonale, fait partie du domaine du palais de Carnolès. Cette ancienne résidence d’été des princes Grimaldi, édifiée à partir de 1717 par Antoine 1er de Monaco, est devenue propriété communale en 1994. Le palais de Carnolès, les jardins, la tour de la Noria et son mécanisme sont inscrits au titre des Monuments Historiques depuis le 12 septembre 1969.

Cette grande inconnue

Il existe malheureusement très peu de documents sur la tour de la Noria, construite à quelques pas du ruisseau le Gorbio et de la chapelle de la Madone. En effet, l’édifice ne figure pas sur le plan des jardins exécuté en 1723, ni sur la carte de Menton de 1745, ni sur les plans conservés aux Archives du palais princier de Monaco. En revanche, elle apparaît sur le cadastre de Menton de 1811 ainsi que sur un dessin de Joseph Gibert datant de 1828. L’une des hypothèses actuelles évoque l’existence d’un point d’eau à l’époque médiévale, embelli au fil des siècles depuis la via Iulia Augusta jusqu’à la construction du palais de Carnolès, voire le réaménagement du domaine par l’architecte Hans-Georg Tersling en 1896. Nous en saurons peut-être davantage dans les mois à venir grâce aux études qui sont en cours.

La restauration

Six mois de travaux vont être nécessaires pour redonner toute sa splendeur à cet édifice hexagonal de trois niveaux, surmontés d’une toiture en dôme. Un escalier extérieur s’enroule autour de la tour qui culmine à quinze mètres de hauteur et dessert les premier et second étages.

Les travaux portent sur le ravalement des façades en pierre, des enduits et des décors sculptés. Mais également sur la reconstitution de l’escalier en pierre en maçonnerie traditionnelle, le remplacement des menuiseries et la création d’un éclairage architectural. La maîtrise d’œuvre a été confiée à Pierre-Antoine Gatier, architecte mandataire et Sophie Tramonti, architecte co-traitant.

L’opération dont le montant s’élève à 600 000 euros est financée principalement par la Ville et suivie par le service des Bâtiments communaux ainsi que par la Direction régionale des affaires culturelles. Laquelle a par ailleurs alloué une subvention à la commune de 516 396 euros pour la restauration de l’ensemble du domaine de Carnolès.

Le Bastion

L’histoire commence en 1619 avec le prince Honoré II de Monaco qui décide de faire construire un fortin sur des rochers pour surveiller la baie de Garavan et la baie ouest. Les travaux de cet édifice militaire vont durer trois ans (1636-1639).

Sous la Révolution française, la principauté de Monaco est annexée puis intégrée en 1793 dans le département des Alpes-Maritimes ; le Bastion devient alors un bien national. Il faudra attendre la signature du Traité de Vienne en 1815, pour que le prince de Monaco retrouve ses droits sur son domaine.

Trois décennies plus tard, le 2 mars 1848, Menton se déclare commune libre et le Bastion retourne dans le patrimoine national confié à la commune mentonnaise. Au cours du XIXe siècle, la construction est attribuée à l’administration des Ponts et Chaussées.

Le fortin devient tour à tour entrepôt, grenier à sel et porte-phare à feu fixe. Après la révolution de 1848, le Bastion est utilisé comme prison. Puis en 1860, il perd son rôle défensif et ses canons sont vendus. Son caractère de forteresse isolée disparaît lors de la construction du Vieux-port (1869-1890).

XXe et XXIe siècles

De 1940 à 1943, le Bastion est utilisé comme prison par les autorités italiennes d’occupation avant d’être transformé en blockhaus par les troupes allemandes. Puis en 1957, l’artiste Jean Cocteau découvre l’édifice en ruine.

Sa restauration ainsi que la reconstruction des quatre échauguettes est alors engagée par le conseil municipal, soutenue par des historiens et techniciens spécialisés.

Trois ans plus tard, les travaux sont achevés et l’édifice concédé à la Ville de Menton par l’administration des Domaines.

Jean Cocteau y installe son musée qui sera inauguré en 1967, soit quatre ans après sa mort.

Depuis le 23 mai 2014, le Bastion est protégé au titre du Plan de sauvegarde et de mise en valeur, faisant partie du Secteur sauvegardé de la ville.

La Restauration

Les travaux extérieurs concernent l’ensemble des façades, le toit-terrasse et les quatre échauguettes.

Sachant que la difficulté technique de ce chantier porte sur la façade qui se trouve côté mer. Du côté de la restauration intérieure, seules les menuiseries ont besoin d’être remplacées.

La Ville de Menton est maître d’ouvrage de cette opération dont le montant s’élève à 850 000 euros.

La maîtrise d’œuvre, quant à elle, a été confiée au cabinet Perrot-Richard.

La durée prévisionnelle du chantier est de dix mois.

Le Bastion Originel

Lors de sa construction, le fortin était relié à la bourgade par des passerelles en bois qui prenaient appui sur des rochers à fleur d’eau. Le dernier tronçon de la passerelle fut ensuite remplacé par un pont-levis relié au deuxième niveau.

Après avoir passé la lourde porte en chêne, les militaires arrivaient dans la salle de garde où donnaient la cuisine équipée d’un four à pain et le poste de commandement.

Un escalier en bois permettait de descendre au magasin à munitions et à la poudrerie.

La plate-forme supérieure était bordée de créneaux et comportait sur chacun de ses quatre angles une échauguette où se tenait la batterie : quatre pièces de bronze (canons) pointées vers la mer servies par une quinzaine de canonniers.