Bastion

Le petit fort, dit le bastion, se trouve à la pointe de la vieille ville entre les deux baies de Menton. Il est construit sur la volonté du prince de Monaco, Honoré II. L’ordonnance de 1618 stipule « Moi, prince Honoré II désire que, sur le roc isolé, marquant la pointe de l’éperon portant la ville fortifiée de Menton, soit édifié un bastion qui avance dans la mer et devienne la tête de la dite cité pour la défendre des flottes ennemies ».

Le fort est alors isolé sur un îlot. On y accède par un pont mobile en bois. L’emplacement des poulies de ce pont-levis est encore visible au-dessus de l’ouverture du premier niveau. Il possède deux niveaux : un rez-de-chaussée et un premier étage servant de magasin de poudre. La plateforme, à onze mètres au-dessus de la mer, est constituée d’échauguettes percées de meurtrières. Quatre canons sont placés aux angles du fort. En plus de leurs rôles défensifs, ils participent aux saluts des fêtes religieuses. Une petite garnison assure la garde et le service.

Sous le Premier Empire, au début du XIXe siècle, un pont-levis est installé en remplacement de la passerelle. Le bastion fait office de prison durant la révolution de 1848. Il est désarmé le 2 septembre 1860 et est aménagé pour servir d’entrepôt de matériel, de grenier à sel, ou de prison. Avec les travaux d’aménagement du port (de 1869 à 1890), le bastion sert momentanément de support pour l’édification d’un phare à feu fixe qui sera déplacé en fin de travaux dans la jetée puis au bout de celle-ci. Le fortin n’est plus une forteresse isolée sur les rochers.

Après avoir fait l’objet de nombreuses locations, il est abandonné en 1914. Mais il devient à nouveau un bâtiment militaire lors de la Seconde Guerre mondiale, les Allemands le transformant en blockhaus. A la fin de la guerre, il est en ruines et délaissé pendant de nombres années.

Jean Cocteau et le Bastion

Le maire de Menton, Francis Palmero, rencontre Jean Cocteau au Festival de musique en 1955. Dès le mois de septembre, il lui demande de décorer la salle des mariages de l’Hôtel de Ville. En 1957, il propose à l’artiste d’installer son musée dans le bastion. « A Menton, le maire, Monsieur Palmero, m’offre, en échange de la salle des mariages que j’ai décorée, un bastion au bout de la digue, où je pourrais mettre mes œuvres comme Picasso dans le musée d’Antibes » écrit Cocteau.

Ce projet s’inscrit dans le cadre de la valorisation territoriale où de nombreux monuments anciens sont réhabilités. Il est décidé, par un arrêté du 9 septembre 1959, que le bâtiment, propriété de l’Administration de Domaine, peut être occupé pendant trente ans par la ville de Menton pour y faire une salle d’exposition. Une des conditions est la remise en état du fortin en accord avec les services des Monuments Historiques et le paiement d’un loyer. Le bastion sera finalement concédé à la ville en 1960.

Les travaux pour l’aménagement du musée commencent dès 1959. Il s’agit d’abord de faire restaurer l’extérieur (les quatre échauguettes et le couronnement) puis l’intérieur par des sociétés spécialisées au vu de sa valeur patrimoniale. La restauration prend en compte les détails composant les lieux tels que le four qui devient un dispositif d’exposition, l’objectif étant de conserver l’aspect de fortin au bâtiment.

Sur les plans, Cocteau envisage les salles d’exposition. Il entreprend sur place des décorations notamment les fameuses calades (mosaïques de galets). Le bois est privilégié pour rappeler le plancher d’un bateau car le lieu a les pieds dans l’eau.

Jusqu’au bout, le poète porte le projet malgré ses problèmes de santé. Il disparaît en 1963. Dès 1964, son fils adoptif, Edouard Dermit poursuit les travaux selon ses vœux. Le musée est inauguré le 30 avril 1966 en présence de Francis Palmero, de Son Altesse la Bégum, d’Yvonne Labrousse, Francine Weisweiller, Edouard Dermit …

Après six ans de travaux, Menton possède le premier Musée Jean Cocteau au monde.

2019 – 2020 : la restauration

Le Bastion est l’objet, depuis octobre 2019, d’une campagne de restauration qui s’est étalée sur une année et qui vient de s’achever.

Le chantier a été confié à une entreprise du Groupement des Monuments Historiques. Toutes les techniques utilisées sont fidèles aux techniques traditionnelles.

Le projet, mené par Alain Charles Perrot, Architecte en Chef des Monuments Historiques et Académicien, a porté sur la restauration des extérieurs de l’édifice : la terrasse supérieure, ses échauguettes, l’ensemble des façades à l’exception du niveau rez-de-chaussée de la façade principale.

En début d’opération, des échantillons d’enduit ont été prélevés et analysés en laboratoire afin de rétablir scrupuleusement les couleurs d’origine retrouvées (le fortin n’a jamais connu de « pierres apparentes »). La teinte actuelle, appliquée il y a peu, va rapidement s’atténuer.

Cependant, afin de respecter l’œuvre du temps et des éléments sur ce monument, sa partie inférieure laisse affleurer certaines pierres, simplement badigeonnées, badigeon également amené à s’estomper rapidement afin de laisser apparaître la couleur naturelle des pierres.

Ainsi, après une année de restauration, le Bastion retrouve enfin son aspect d’origine.