Jean D’Ormesson et Johnny Hallyday nous ont quittés. L’académicien et le chanteur avaient une histoire avec Menton. Le premier a écrit une pièce jouée ici en 2014, le second y a donné quatre concerts au début de sa carrière. Hommage.

L’un défendait les mots, l’autre les chantait. Jean D’Ormesson et Johnny Hallyday ont quitté la scène. À quelques heures d’intervalle puisque l’académicien a eu cette élégance qu’on lui connaît de disparaître sans faire d’ombre au chanteur.

Deux monstres sacrés viennent de mourir. Ensemble. Comme Jean Cocteau et Édith Piaf. « Jean d’O » et Jean-Philippe Smet dit « Johnny ». Deux hommes, deux surnoms et, surtout, deux trajectoires distinctes pour une seule destinée. Destinée.

Le terme qui avait présidé à l’entrée de Jean D’Ormesson à l’Académie française, succédant à Jules Romains. Un coup d’épée dans la littérature : il a pourfendu à plusieurs reprises le machisme de ce milieu qu’il aimait autant qu’il le détestait.

En 2014 au théâtre du palais de l’Europe, Jean D’Ormesson avait offert une Conversation aux Mentonnais. Les mettant dans la confidence de l’échange entre Bonaparte et son deuxième consul Cambacérès. L’empereur du rock appréciait également Menton. Il y avait assuré quatre concerts, ralliant à sa cause toutes les jeunes filles tombées sous le charme de ce grand blond au jeu de jambes si surprenant.

Souvenirs, souvenirs…

Août 1961, 1967, 1978 et 1979. Johnny brûle les planches du Théâtre de verdure, du parc de la Madone ou du stade Lucien- Rhein et enflamme les cœurs des demoiselles. À chacun de ses passages, le rocker donne « la banane » à des milliers de spectateurs en transe.

Le sol tremble, une secousse force 9 sur l’échelle de Richter musicale, balayant les ados Mentonnais…es ! Il ne les a d’ailleurs jamais oubliées, surtout « celles qui repartent jusqu’à Menton, je les vois où je vais, et je sais bien qu’elles viendront toutes me retrouver… », clame alors l’idole des jeunes. Les décibels explosent. Les coussins volent. Et l’idole s’envole. Johnny a gagné son label de bête de scène. Déjà. Il allumait le feu en vous et cette flamme vous consumait lentement mais sûrement. Jusqu’au concert suivant. Au prochain album…

Même la grande faucheuse ne parviendra pas à éteindre cette voix qui résonne dans nos têtes.

La preuve : jeudi 7 décembre dernier, les enceintes disséminées dans la ville ont égrainé chaque note de ses meilleurs tubes. Un hommage de la cité des citrons salué sur les réseaux sociaux.

Et pour mesurer davantage encore la perte de ces deux monstres sacrés, nous avons ouvert un ouvrage signé Jean D’O pour accompagner Johnny. Une dernière pensée pour ces deux géants aux pupilles bleu acier et à la voix inoubliable. On imaginait leurs obsèques. Le chanteur aurait pu entonner un requiem pour un fou de littérature. L’académicien écrire une épitaphe sur la tombe de Johnny : « La naissance est le lieu de l’inégalité. L’égalité prend sa revanche avec l’approche de la mort. »

Pas complètement. On ne les oubliera jamais. À Menton comme ailleurs !

Merci au service des Archives municipales pour sa contribution