Dans la nuit du 29 au 30 octobre, des vents et des vagues d’une puissance inégalée ont balayé le littoral mentonnais. Dès 22 heures, services municipaux et départementaux, sapeurs- pompiers, agents des Ports de Menton et forces de l’ordre sont intervenus pour contenir la montée des eaux et limiter l’importance des dégâts. Des heures durant, ceux-ci ont bataillé fort sur les quais, au musée Jean-Cocteau et le long de la mer. Retour sur cet épisode météorologique exceptionnel.

INTERVIEW

Daniel Allavena : « Nous étions en pleine démesure ! »

Commandant de la compagnie de sapeurs-pompiers du Pays Mentonnais (6 casernes, 85 sapeurs-pompiers professionnels, 250 sapeurs-pompiers volontaires).

Quelle était la nature des vents qui ont frappé Menton dans la nuit du 29 au 30 octobre ?

Nous nous sommes retrouvés face à un coup de vent exceptionnel aux conséquences imprévisibles. Sur le Cap Corse, les vents de la tempête Adrian étaient annoncés à 200 km/h, ici à près de 120 km/h… Mais je pense qu’à Menton, de la rue Trenca à la frontière italienne, nous avons largement avoisiné les 150 km/h.

Et c’est ce vent qui a entraîné la mer par-dessus les digues et les chaussées. Les vagues étaient impressionnantes : au large de Monaco, une bouée houlographique équipée d’un GPS a d’ailleurs enregistré une hauteur maximum de 7 mètres 20.

Nous étions en pleine démesure ! L’épisode climatique a duré près de six heures, entre 21h et 3h du matin.

© crédit photo : Ville de Menton

Que s’est-il exactement passé ?

Je suis arrivé sur place aux alentours de 22 heures. À partir du casino, les tables et les chaises des restaurants faisant face à la mer étaient au milieu de la chaussée, emportées par le vent.

Plusieurs endroits de la ville étaient soumis à l’assaut de la mer et à la montée des eaux : les promenades, le musée Cocteau, la digue du quai Napoléon III, le cirque (NDLR : installé non loin du square Baden-Baden), certains logements, la digue Sud du port de Menton-Garavan… Une douzaine de personnes a dû être évacuée.

Toutes ont été relogées par la Ville. Sur le port, nous avons fait le tour des bateaux. Les vagues passaient par-dessous les quais et projetaient le revêtement. Incroyable !

L’arrivée de l’eau n’était pas synchronisée avec les vagues, nous avons alors compris que c’était le vent qui entraînait les flots. Nous nous sommes ensuite concentrés sur le musée Jean-Cocteau.

© crédit photo : Jean Pierre REY

Quelle était la situation au musée Jean Cocteau ?

Au rez-de-chaussée, il y avait à peine deux centimètres d’eau mais au sous-sol les cadres des œuvres n’étaient plus qu’à 10 ou 12 centimètres du niveau de l’eau.

Des moyens de pompage ont rapidement été mobilisés, ainsi que les nageurs-plongeurs de notre unité de sauvetage aquatique et une équipe de lutte contre l’incendie urbain en raison de la proximité des réseaux électriques. Je tiens à préciser qu’en tout et pour tout, près de 70 sapeurs-pompiers ont été engagés sur la ville entre les 29 et 30 octobre.

Concernant le musée, nous nous sommes fixés deux missions : extraire les œuvres et diminuer le niveau de l’eau. Avec une embarcation, au milieu de la nuit, nous avons commencé à évacuer les tableaux, les affiches…

Une chaîne humaine s’est mise en place pour les installer au rez-de-chaussée. Le lendemain, conscient du manque de place et de l’humidité des lieux, Jean-Claude Guibal, le Maire de Menton, a pris la bonne décision de toutes les transporter au palais de l’Europe. Nous avons reçu, ici, le renfort des jeunes sapeurs-pompiers.

Quelle leçon tirez-vous de cet événement ?

Nous sommes à un changement d’époque lié sans nul doute au réchauffement climatique. Professionnellement, nous nous renforçons déjà en matière de matériel adapté au sauvetage en milieu aquatique.

Gwenaëlle Chapuis, Sous-Préfet Nice-Montagne, Jean-Claude Guibal, Maire de Menton, Alain Riquet, directeur général des services de la Ville, et Daniel Allavena, commandant de la compagnie des sapeurs-pompiers du Pays Mentonnais, constatent les dégâts subis par le musée Jean-Cocteau. © crédit photo : Ville de Menton

« Une formidable chaîne humaine »

Coordonnés par le Maire Jean-Claude Guibal, les services de la Ville ont été mobilisés dès le 29 octobre au soir pour limiter les dégâts engendrés par la force des éléments météorologiques.

En parcourant les abords du port de Menton-Garavan, Jean-Claude Guibal mesure la puissance marine qui a déferlé sur les côtes française et italienne dans la nuit du 29 au 30 octobre. « Une telle intensité ici, je n’avais jamais vu ça ! », concède le Maire de Menton.

Pour lui, il ne fait aucun doute que notre ville a été victime d’une des premières conséquences du réchauffement climatique. « Cette véritable submersion est le contrecoup du passage de la tempête Adrian dont les vents ont soufflé à près de 200 km/h sur le Cap Corse. Nous devons désormais agir comme si cet événement météorologique pouvait se répéter. » Car, de mémoire de Mentonnais, un tel coup de mer n’a jamais touché notre littoral… « En tout cas, pas d’une manière aussi exceptionnelle, violente, imprévisible et ciblée », affirme Jean-Claude Guibal qui précise en effet que « les lames semblaient se concentrer sur un axe compris entre le Bastion et la rue Trenca ».

© crédit photo : Ville de Menton

Première des urgences

Tout au long de la journée, à la tête des opérations aux côtés de Daniel Allavena, Commandant des sapeurs-pompiers de Menton, et d’Alain Riquet, Directeur général des services de la Ville, le Maire a coordonné les équipes : « En lien avec le Service départemental d’incendie et de secours des Alpes-Maritimes (SDIS 06) et le Conseil départemental, nous avons mobilisé un maximum d’agents. » Sur le terrain, plus de 140 personnes répondent à l’appel !

© crédit photo : Ville de Menton

Première des urgences, évacuer les œuvres piégées dans le sous-sol inondé du musée Jean-Cocteau | Collection Séverin-Wunderman. « Des bateaux pneumatiques, ainsi que des plongeurs, ont été dépêchés par le SDIS 06 pour récupérer toutes les œuvres : des tableaux, des affiches, des documents écrits qui constituent l’essentiel de nos collections. En parallèle, une formidable chaîne humaine s’est mise en place pour les sortir et les acheminer au palais de l’Europe afin de les sécher. »

« Un énorme travail »

Après les inquiétudes liées à la violence des éléments, Jean-Claude Guibal, tout en confiant son soulagement que la plus grande partie des œuvres ait pu être sauvée, demeure prudent. « Nous devons désormais restaurer celles qui ont été endommagées. C’est un énorme travail qui attend nos équipes », reconnaît-il, en soulignant la mobilisation et le savoir-faire des agents du musée.

© crédit photo : Jean Pierre REY

Agents municipaux qui, alors que cet élan de solidarité s’organisait autour du sauvetage des œuvres, ont également investi la promenade du Soleil et les plages concédées avec pour objectifs d’effacer les stigmates de la nuit et de remettre en état les abords du littoral. De son côté, le Maire a aussitôt demandé la reconnaissance de l’état de catastrophe naturelle auprès des services préfectoraux : « Nous avons recensé les dommages subis et transmis ces éléments au Préfet en lui demandant de constater l’état de catastrophe naturelle afin de faire jouer les assurances et de permettre l’indemnisation des victimes. »

Et demain ?

Pour Jean-Claude Guibal, il y aura désormais un avant et un après 29 octobre… « Je le répète : nous devons désormais agir comme si cet épisode climatique pouvait de nouveau avoir lieu. »

© crédit photo : Ville de Menton

Des décisions seront donc prises pour en limiter les conséquences.

  • Promenade du Soleil : « L’effondrement et les attaques sur les murs de soutènement ont renforcé notre conviction qu’il faut aménager cette partie du littoral. Pas simplement par des enrochements, qui ont souvent servi de tremplin à la mer, mais aussi par la création de plages : là où il y en avait, les dégâts ont été moindres. »
  • Musée Jean-Cocteau | Collection Séverin – Wunderman : « Le musée a été construit en tenant compte de tous les coups de mer recensés jusqu’alors. Jamais la mer n’était venue jusque-là ! Nous allons donc travailler sur la remise en état du bâtiment et prendre de nouvelles mesures pour protéger les œuvres. En attendant, nous allons conserver les collections dans un autre endroit. »
  • Port de Menton-Garavan : « Les dégâts sont importants. Ce port a plus de 60 ans. Avec la Société publique locale des ports de Menton, nous allons devoir réfléchir au renforcement des quais. »

J. S.