Le concert a encore une fois émerveillé le public présent au palais de l’Europe. Le thème de cette édition 2018 était un voyage entre Vienne et Paris. Paul-Emmanuel Thomas en était le guide à la baguette…

Les premières notes résonnent à peine dans le palais de l’Europe… Paul-Emmanuel Thomas, à la baguette, semble possédé. Habité par une force divine. Secoué de spasmes rythmés par la musique. Face à lui, l’Orchestre Philharmonique du Piémont suit chacun de ses ordres avec une fidélité qui ferait rougir un couple célébrant ses noces d’or. L’union, le chef d’orchestre la vit, ou plutôt la partage avec le public. Et les émotions, les sentiments valsent dans tous les sens comme les danseurs du ballet classique de Turin, ballotés par les Strauss père et fils. À droite. À gauche. Puis, emportés, transportés, les spectateurs traversent le beau Danube bleu et se retrouvent au pied de la tour Eiffel : « Cette année, nous proposons un voyage entre Vienne et Paris, deux grandes capitales du fin du siècle, escales marquées par les valses mais aussi par la Gaieté parisienne à travers les deux compositions d’Offenbach et reprises par Rosenthal ».

« Un côté première fois »

Paul-Emmanuel Thomas se pose en guide. Touristique. Musical. Un guide qui n’éprouve même pas de l’appréhension à diriger un tel orchestre. De l’inconscience ? Le chef dément : « Un jour, une jeune fille dit à Franz Liszt ‘‘Je n’ai jamais le trac, est-ce normal ?’’. La réponse fusa, cinglante : ‘‘Ne vous inquiétez pas, le trac viendra avec le talent’’.

Je ne peux répondre de manière binaire. Disons que le plaisir de partager avec le public grandit en même temps que je grandis, moi. Avant d’entrer en scène, on veut atteindre la perfection. Ou s’en approcher le plus près possible. L’incertitude d’y parvenir, c’est ça le trac ! Mais une chose est sûre, chez moi, le plaisir de la musique est plus fort que le trac ».

Et pourtant, chaque année, pour ce concert du Nouvel An, le ventre se rétrécie quelque peu. La gorge aussi. L’expérience ne compte plus. « Un concert du Nouvel An est un moment particulier. Il y a un côté ‘‘première fois’’. Comme tenir le volant d’une voiture pour la première fois, embrasser une jolie fille pour la première fois… Ce sont les premières heures du premier jour d’une nouvelle année. Les sensations que l’on va donner vont orienter celles des douze prochains mois ».

Comme « un calendrier de l’après » dont on ouvrirait la date du 1er pour découvrir des notes magnifiques. Mais aussi éphémères qu’un chocolat : « Préparer un tel concert, c’est un très gros travail. La partition comporte quelque 600 pages. Alors, il y a un côté frustrant. On se dit c’est déjà fini. En même temps, si le public pense la même chose à la fin, on a gagné ! »

Pour remporter ce pari toujours audacieux, Paul-Emmanuel Thomas sait pouvoir compter sur ses musiciens qui lui obéissent au doigt et… à la baguette. « Nous vibrons de la même manière. La musique, c’est permettre, grâce au génie individuel de chacun, de faire émerger le génie collectif ». Il n’est alors pas étonnant que l’ancien pianiste et converti à la religion musicale de Georges Prêtre et donc de chef d’orchestre conjugue le verbe rêver au pluriel. « J’ai beaucoup de rêves ultimes. Mais ce qui tient à cœur, c’est de continuer à partager ce plaisir, à diriger ces orchestres avec un objectif : toujours être dans une communion collective, avec les musiciens, le public ».

Le premier vœu pour 2018 de Paul-Emmanuel Thomas vient d’être exaucé au palais de l’Europe de Menton !