La nouvelle exposition permanente, « Démarche d’un poète, Acte II », dédiée à l’artiste et à sa poésie sous toutes ses formes, débute le 20 novembre au musée Jean Cocteau collection Séverin Wunderman. Plongée dans les coulisses avant les trois coups, très attendus.

Cocteau, le monstre sacré de la poésie est de retour ! Mettre en scène un poète, une tâche plus qu’ardue… On mesure mieux la prouesse réalisée par l’équipe du musée Jean Cocteau collection Séverin Wunderman, dirigée par Françoise Leonelli. À quelques jours des trois coups de l’Acte II.

Un fait d’armes d’autant plus remarquable quand on connaît la passion éclectique pour l’art que nourrissait Cocteau. Il affirmait ainsi : « Tout travail est poétique ». Une poésie que Cocteau a déclinée parfois en vers et contre tous. Contre les grincheux de l’époque, en tout cas, qui ne digéraient pas son coup de génie, parvenant à réunir à ses côtés les artistes de l’époque, les « monstres sacrés » comme il les qualifiait.

« Cocteau était un metteur en scène au sens large, un faiseur de liens, explique Françoise Leonelli, avec une jolie métaphore. Il a lancé des carrières. C’était un avant-gardiste ! » Mais, pour mieux découvrir les monstres sacrés ou encore Le groupe des six, six musiciens qui enrichissaient la partition du poète, la conservatrice du musée mentonnais a d’abord dû planter le décor. « Pour introduire le théâtre, nous avons opté pour le rouge et or. Cocteau dira ainsi qu’il a contracté, avec ses parents, le mal rouge et or, le mal du théâtre ».

Une soif inextinguible de création, d’idées qu’il devra coucher sans cesse… Le parcours était alors tout tracé. Les murs peints couleur sang, sur lesquels « coule » l’or dans les sillons creusés par les pochoirs croqués par l’équipe du musée.

Des mois de préparation.

Trois semaines pour tout accrocher, tout repeindre, du sol au Bastion. Trois expositions, trois visions différentes « Tout change, finalement ». Il est alors temps de monter sur scène. Lever de rideau sur l’expo. Les silhouettes apparaissent : Sarah Bernhardt, Ray Jane. On entre dans La Parade, spectacle créé en 1917.

Un centenaire qui n’a pas pris une ride tant ce cirque imaginé par Cocteau et Picasso, pour leur première collaboration, était déjà en avance sur son temps. « Ce spectacle, loufoque, a été détesté à l’époque, décrit Françoise Leonelli. Un homme a même lancé ‘‘Si j’avais su que c’était aussi bête, j’aurais amené les enfants’’. Mais c’est un des premiers qui seront classés dans le surréalisme par Apollinaire ».

Surtout, Cocteau a eu du « flair ». Il a misé sur le changement nécessaire au théâtre bourgeois dont les artistes ne voulaient plus. Il ne leur restait plus qu’à le rejoindre… Il est alors parvenu à canaliser le tout à l’ego de ces monstres sacrés. À les faire cohabiter. Le coup de grâce qui a convaincu les plus réticents ? Les mariés de la Tour Eiffel, peut-être.

Au départ, un spectacle de marionnettes. Mais Cocteau a su tirer les ficelles en mettant en scène des personnages costumés par Jean Hugo, le petit-fils de Victor ! Les visiteurs pourront également quitter la scène pour une plongée dans les coulisses de l’univers du poète. Manuscrits, photos, dessins… « Cette année, une partie de la collection n’ayant pas encore été présentée sera proposée au public », poursuit la conservatrice. Des pièces replongeant les spectateurs dans l’Antiquité ou au Moyen Âge.

« Avec un miroir aux alouettes, le personnage de Merlin, qui pénètre dans la peau des protagonistes, pour embrouiller leur vie ». Le tout rehaussé par des décors signés Berard ou des costumes griffés Coco Chanel. Des incontournables, aussi. Les photos, dessins de son éliacin, Jean Marais, amour de sa vie. Notamment, pour Œdipe roi, œuvre pour laquelle Cocteau a entrepris des auditions et qui ont débouché sur son coup de foudre pour le jeune acteur. Au fond du musée, on pourra également trouver une longue série d’estampes de Bernard Buffet, l’auteur de la Voie humaine.

Des photos, encore, de Philippe Halstan, par exemple, son Cocteau et le danseur Leo Coleman avant de rencontrer les monstres sacrés. Edith Piaf, bien sûr, son amie avec qui il a même partagé le jour de sa mort ! Voilà, descendons les planches… et les escaliers pour retrouver le théâtre filmé. La belle et la bête, comme une évidence. Puis L’aigle à deux têtes, ou encore Les parents terribles. Il nous reste une dernière hésitation.

Entre clap de fin ou baisser de rideau. Peu importe finalement, tout travail n’étant que poésie. On a surtout hâte d’assister aux trois coups de l’exposition !

Ouverture au public le 20 novembre inauguration le 2 décembre