1 - Juillet 1978. La soupe de poisson se prépare devant la voûte n°3 où l’on peut reconnaitre Georges Ferrari, Pierre Vigarello,Jeannot Joffrida, Marcel Viale et André Faraut.

Le 17 décembre 1937, dans la salle des tribunaux – aujourd’hui salle des mariages – un ancien marmonne comme si c’était l’évidence même « A Ciocoula ». Les dés sont jetés. L’association des pêcheurs plaisanciers est lancée avec à sa tête Antoine Lanteri-Houde et Marcel Viale. Une naissance que l’on doit au final à la prud’homie des pêcheurs professionnels qui avait interdit aux amateurs le droit de pêcher à la lumière le long de la côte. Pêche qui à l’époque était très rentable…

Menton ne serait pas Menton sans A Ciocoula. Parlez-nous de cette société que vous présidez depuis 2014 et dans laquelle vous êtes tombée très jeune puisque vos grands-parents et vos parents s’y sont investis durant de nombreuses années…

Marité Simoncini : A Ciocoula a pour objectif de propager et d’encourager le goût de la pêche et des sports nautiques. Nous organisons douze concours de pêche en mer d’avril à octobre. Depuis les années 1970, nous participons aux fêtes mentonnaises en cuisinant la soupe de poisson lors de la fête patronale de la Saint-Pierre et la soupe des « Bazaï » au mois de juillet. Et je dois dire que mon père Jeannot Joffrida, chef cuistot, n’avait pas son pareil pour mener la brigade des bénévoles qui l’assistait.

Que signifie A Ciocoula ?

M.S : C’est un mot mentounasc qui signifie la pirandelle. C’est un petit poisson blanc et bleu, aux couleurs de Menton donc ! De prise facile, la pirandelle permettait aux pêcheurs à la palangrotte de ne pas rentrer bredouilles au port.

En tant que membre depuis 1963, racontez- nous l’évolution de cette société qui, lorsque vous y être entré, ne comptait plus qu’une dizaine d’adhérents…

Francesco Gonella : C’est grâce à Georges Ferrari, élu président au début des années 1970, qu’A Ciocoula a vécu une seconde jeunesse avec notre participation aux fêtes et notre installation aux Sablettes dans la voûte n°3. Avant nous nous retrouvions au Caveau place aux Herbes. Et c’est au pied des escaliers de la voûte que Jeannot a commencé ses premières soupes… mais dans une petite marmite. Depuis nous en distribuons huit-cents litres à un millier de Mentonnais sur l’esplanade Francis-Palmero !

Aujourd’hui chef des marmites, vous perpétuez la tradition en préparant la soupe des « Bazaï » en partenariat avec le CCAS de la Ville. Quant à la soupe de poisson, vous la cuisinez avec la moitié des prises réalisées lors de vos concours…

F.G : Exactement. Et cette année les prises s’élèvent à 313 kilogrammes. Mais nous sommes loin de l’époque où l’on tirait les bateaux jusque sur le sable, là où se trouve la cale de halage. Car en temps-là, girelles, pajots, bonites, cavales et pirandelles affluaient tout près d’ici. Maintenant il faut sortir au large pour rapporter une prise importante.

Ch’ti d’origine, vous êtes Mentonnaise d’adoption et secrétaire de l’association depuis vingt ans…

Odette Delehaye : J’ai été accueillie à bras ouverts par Monique Joffrida et en tant que jeune retraitée, je n’ai pu résister à mettre mon expérience professionnelle au service du volontariat. Mais je m’attriste de la disparition progressive du bénévolat…

A Ciocoula au XXIe siècle ?

Réponse collégiale : Maintenir les traditions et préserver la mémoire de cette société. Ce qui explique pourquoi nous mettons tout en œuvre pour perpétuer les valeurs chères au cœur de nos aïeuls : joie, partage et convivialité !

Entretien réalisé par Emmanuelle Carabin