La Victoire, six mois après la Libération

« Menton outragée, Menton brisée, Menton martyrisée mais Menton libérée ! » Certes, la ville n’est pas la capitale de la France, mais elle aurait tout autant mérité une place dans le discours du général De Gaulle. Ses habitants ont effet subi le même sort que les Parisiens lors de la deuxième Guerre Mondiale.

Déplacés. Torturés. Fusillés. Rien ne leur a été épargné sous le joug de l’occupant italien ou de l’oppresseur allemand. Parfois, et c’est peut-être le pire, avec l’assentiment du gouvernement de Vichy, dès le 8 septembre 1943. Pourtant, même s’il a fallu remplacer le français par l’Italien, langue officielle imposée par l’occupant dès l’invasion des troupes de Mussolini, troquer le franc pour la lire ou déplacer les frontières, beaucoup de Mentonnais n’ont jamais franchi celles de la compromission ou, pire, celles de la collaboration.

Ils ont plié. Résisté. Avant d’être libérés. Cependant, il leur faudra attendre plus de six mois pour savourer la Victoire. La Libération, la vraie… Pris entre les feux nourris des Américains et des Allemands, retranchés sur les hauteurs, nombreux devaient encore périr sous la mitraille. Plusieurs ordres d’évacuation sont formulés à la population, qui souffre également du manque de nourriture. Un comité de salut public est instauré ! Le 15 février 1944, Menton est classée en zone d’occupation, c’est-à-dire que la loi allemande est appliquée à ceux qu’elle considère comme des délinquants. Terrible exemple, celui des habitants de la maison Taglioni. Arrêtés. Puis fusillés. Seul un homme âgé de 80 ans est blessé mais épargné.

Les nuits blanches se succèdent, rythmées par les éclats meurtriers et traumatisants des bombardements. De quoi nourrir des idées aussi noires que les chemises des occupants !
Les allers et retours dans les caves sont nombreux comme les sirènes des alertes : malgré l’ordre d’évacuation obligatoire, décrété le 28 septembre, on comptabilise, seulement une quinzaine de jours plus tard, quelque 60 000 obus et on déplore plus d’une trentaine de morts ! Les bâtiments, eux aussi, ont souffert : l’église de la Conception, le collège des jeunes filles ont été touchés, la mairie n’a pas été épargnée. Un hôpital est installé sous l’hôtel des Étrangers…

Les combats s’intensifient dans tout le Mentonnais, notamment à Sospel et Castillon. Des navires américains, près de Garavan, déversent leurs chapelets de bombes sur les hauteurs de la ville mais aussi sur le Pont Saint-Louis où des Allemands sont retranchés. Les soldats d’outre-Atlantique, qui avaient installé leur QG à Maria Serena, seront finalement relevés par des combattants français. Un signe fort pour les Mentonnais restés sur place malgré le danger.

Plus fort encore, presque assourdissant, le silence qui s’installe sur la cité le 22 avril 1944. Les Mentonnais n’en croient pas leurs yeux, ou plutôt leurs oreilles : les bombardements ont enfin cessé après… 228 jours de terreur !

Enfin… Le 25 avril, la vie reprend ses droits. La Victoire peut être célébrée, la Marseillaise entonnée ! Aux larmes citoyens, le jour de Gloire est arrivé. L’étendard tricolore est levé ! Menton n’a jamais oublié.

Un grand merci au service Archives pour son aide.